Camille Claudel photographiée vers 1884 par César.
Auguste Rodin : sculpteur renommé, maître et amant de Camille. Photographie prise en 1893 par Nadar.
Camille Claudel
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Camille Claudel est une sculptrice française née le 8 décembre 1864 à Fère-en-Tardenois, dans la région Picardie.
Camille commence à modeler ses premières figurines à l'âge de six ans. Peu à peu, cette activité la passionne. Elle reçoit ses premières leçons de sculpture à treize ans ; son professeur, un sculpteur émérite, remarque immédiatement son talent. Il essaye de convaincre le père de la jeune fille que cette dernière possède des dons exceptionnels. Afin qu'elle se perfectionne, M. Claudel envoie toute sa famille vivre à Paris.
Il est important d'analyser cette anecdote en se situant dans le contexte de l'époque et de noter que la compréhension dont fait preuve M. Claudel à l'égard de sa fille est exceptionnelle, d'autant plus que celle-ci n'a que 16 ans au moment du déménagement.
Toutefois, Camille est refusée à l'école des Beaux-Arts du fait...qu'elle soit une femme.
Cet événement nous amène à faire une transition sur la place de la femme artiste durant cette période :
La femme artiste au XIXème siècle
Au XIXème siècle, les femmes n'avaient que deux choix de vies possibles : se marier et fonder une famille ou devenir religieuse. Elles étaient qualifiées d' « aussi peu artistes qu'il est possible de l'être ».
Les femmes artistes rencontraient donc de nombreuses difficultés à exercer leur art librement. Tout d'abord, elles n'avaient pas le droit d'étudier dans des écoles officielles. Il leur était également interdit d'étudier le modèle nu, apprentissage essentiel pour devenir sculpteur !
Une fois mariées, ces femmes abandonnaient leur métier et le pratiquaient comme simple « passe-temps ». C'est le cas de Jessie Lipscomb, une amie sculptrice de Camille.
De plus, les femmes artistes pâtissaient d'une image peu séduisante : l'opinion publique les imaginait décoiffées, mal habillées voire
sales. Selon des théories scientifiques de l'époque, les femmes qui se lançaient dans une activité dite « masculine » se « virilisaient » et évoluaient vers une « odieuse androgynie ». Certains
neurophysiologistes de la fin du XIXème siècle ont été jusqu'à affirmer que les femmes artistes pouvaient, au fil des années, devenir stériles !
Camille ne se préoccupait guère de ces absurdités, tellement elle était absorbée par sa passion. « Détrompe-toi, Camille, lui disait une de ses camarades, il est nécessaire de sortir
de la sculpture. […] La plupart des gens n'ont que faire de ton buste. Ils préfèreraient pouvoir apprécier la beauté de la sculptrice. »
Cependant, la sculpture était considérée comme un art réservé aux hommes.
En effet, cette discipline salissante exigeait une force considérable pour tailler les pierres dures. Camille Claudel était la seule femme de l'époque à tailler le marbre.
Malgré ces désavantages physiques, la sculptrice était talentueuse et les critiques appréciaient ses œuvres qui ne possédaient pas « un style maniéré » propres aux artistes féminines. On qualifiaient même ses sculptures de « viriles », ce qui était synonyme de qualité.
Le journal Le Courrier français n'arrivait pas à croire que Sakountala était l'œuvre d'une femme (décembre 1895).
Pages de journaux satiriques.
En dessous de la première illustration, on peut lire :
« LA FEMME PEINTRE – Ce qui me désole, c'est que je ne sais pas faire les enfants!
L'HOMME – Tranquillisez-vous, rien n'est plus simple...je vous aiderai...»
(Le Rire, n° 118, 6 mai 1905)
Sous la seconde, il est écrit :
« Eh ! Eh ! Eh !...très joli, tout ça...
-
Croyez-vous, mon cher maître, que je sois digne du Salon ?
-
Mais certainement, mon enfant...De la chambre à coucher aussi.»
(Le Rire, n°100, 31 décembre 1901)
Pour revenir à sa biographie, faute de pouvoir entrer dans les grandes écoles, Camille s'installe dans
un atelier avec d'autres amies sculptrices où un professeur leur donne des cours particuliers.Il recommande sa protégée au grand sculpteur Auguste Rodin.
Nous sommes en 1882 et Camille a dix-huit ans. Elle est employée avec son amie Jessie dans l'immense atelier de l'artiste. Rodin, âgé de quarante-deux ans, tombe sous le charme de la jeune femme. Une relation amoureuse va débuter entre les deux sculpteurs, unis par la même passion. Cependant leur liaison, qui aura duré dix ans, prendra fin pour deux raisons : tout d'abord, d'un point de vue professionnel, Camille souffre d'un manque de reconnaissance. Les journalistes ne voient en elle que « l'élève de Rodin », comparent ses œuvres à celles du « maître », n'y trouvent que des ressemblances. De plus, elle manque de temps et d'argent pour sa propre sculpture, elle qui passe ses journées à travailler sur celles de son amant.
D'un point de vue personnel, Rodin ne veut pas quitter sa compagne Rose Beuret, avec qui il a eu un fils, et ce malgré le fait qu'il soit fou de Camille. Cette dernière, qui a avorté plusieurs fois en cachette, refuse de partager l'homme qu'elle aime et veut l'épouser. Rodin refuse de choisir entre les deux femmes.
Camille décide donc de le quitter. A vingt-huit ans, la jeune femme est considérée comme vieille fille, sa vie d'artiste lui a
fermé les portes d'un mariage traditionnel. Libérée de l'emprise de son « maître », elle se consacre désormais entièrement à la sculpture, jusqu'à passer douze heures par jour à travailler. Les
critiques d'art reconnaissent enfin son talent.
Camille Claudel modelant Sakountala et son amie Jessie Lipscomb dans leur atelier par William Elborne (1887)
Dans L'Âge mûr (1902), Camille se représente comme une victime de l'inconstance de Rodin, incapable de choisir entre elle et sa compagne
Néanmoins, la sculptrice vit misérablement. L'aide d'un praticien et les matériaux qu'elle utilise lui reviennent chers, et le prix de ses commandes n'amortit en rien ces dépenses. Elle s'enfonce dans la solitude et se persuade que Rodin est la source de tous ses problèmes. Le vieil homme, au contraire, la recommande à son entourage. Mais l'obsession de Camille pour le sculpteur se transforme en haine farouche. Elle se dit victime de persécutions de la part de « la bande à Rodin », tous ces gens qui l'empêchent de devenir riche et célèbre. En réalité, Camille souffre de paranoïa, et va jusqu'à détruire ses sculptures lorsqu'elle est en pleine crise. Sa mère et ses frères et sœurs décident de la faire interner le 10 mars 1913, soit sept jours après la mort de son père qui refusait de l'envoyer dans un asile. On lui interdira toutes sorties et visites sans l'accord de sa famille, qui ne se déplace qu'une fois par an pour la voir. Durant ses trente ans de réclusion, Camille n'aura plus jamais sculpté.
Il faut également savoir qu'aujourd'hui, l'artiste n'aurait pas été internée car elle aurait pu suivre un traitement adapté à ses symptômes.
Sur cette photo datant de 1929, Camille n'a effectué que la moitié de sa « peine » : quinze ans d'asile.
Elle y restera enfermée trente ans, jusqu'à sa mort en 1943 à l'âge de 78 ans.





