Nouvelle

Publié le par L.M. TL2

Mystère au pied de la falaise
 
Dimanche 1er Août 2004.
Sur les rochers bordant la plage bretonne du Kador, la marée descendante rejette au milieu des débris de coquillages et de porcelaine brisée le corps déchiqueté d’une jeune femme.
Soizic Bouézennec, 28 ans, domiciliée au port du Fret, a trouvé la mort cette nuit au pied de la falaise.
 
« Bien entendu, on pourrait croire à un suicide… »
Yann Bouézennec, l’oncle de Soizic, allait et venait dans son bureau du petit poste de police de Crozon. Autour de lui les proches de cette dernière baissaient la tête.
« … Mais il ne s’agit pas d’un suicide. »
Un frisson traversa la salle, mais seul Malo, le nouveau petit ami de Soizic, réussit à parler.
« Enfin Yann, tu ne vas tout de même pas insinuer…
 - Je n’insinue rien du tout, les faits sont là, voilà tout, coupa le commissaire. J’aurais
aimé vous épargner cela mais maintenant je n’ai plus le choix. Soizic n’est pas tombée accidentellement. On l’a tuée et jetée du haut de la falaise. »
Il s’arrêta un instant pour laisser le temps à ses auditeurs d’encaisser le choc de cette nouvelle.
Il s’humecta les lèvres et reprit : « En effet, on a pu noter la présence de deux coups de couteau entre ses omoplates. Celui qui l’a tuée l’a ensuite transportée jusqu’au bord de la falaise et l’a poussée dans le vide. Il a probablement agi lors du fest noz d’hier soir, où au moins trois d’entre vous étaient présents. Levez-vous, s’il vous plaît. »
Malo se leva, aussitôt suivi d’Annick et de Pauline, les meilleures amies de Soizic. Pauline avait les yeux rougis par les larmes et tremblait de fatigue et de chagrin. Le commissaire commença : « Tout d’abord, toi, Malo. N’hésite pas à m’interrompre si je me trompe ou oublie un détail. Tu es monté avec Soizic sur la falaise. Vous avez ensemble regardé le soleil se coucher. A la nuit tombée, elle t’a dit qu’elle avait froid et elle t’a demandé de lui ramener un verre de vin chaud. Tu es descendue au port, mais quand tu es revenue, il n’y avait personne. Tu en as déduit qu’elle était rentrée se mettre au chaud. C’est bien cela ? »
Malo acquiesça.
« Tu n’as rien vu d’anormal ? s’enquit Yann.
 - Non, la nuit était trop noire. Je n’ai rien entendu non plus.
 - Très bien. »
Il se tourna vers Pauline et lui sourit. Celle-ci mordilla ses lèvres exsangues et déglutit avec difficulté. « Toi, Pauline, tu es arrivée en voiture avec ma nièce. Vous avez dansé, puis tu l’as vue s’éloigner avec Malo. Tu es rentrée avec ton amie Annick et tu t’es couchée immédiatement. As-tu quelque chose à rajouter ?
 - Non, non, rien du tout.
 - Et toi Annick ? »
La brunette réfléchit un instant puis haussa les épaules : « Non, pas vraiment. Nous sommes arrivées au port, nous avons discuté de la nouvelle robe que Pauline s’était achetée à Quimper, du magnifique collier que Malo avait offert à Soizic et, quand elle s’est éclipsée, nous sommes restées, Pauline et moi, et nous avons bu au moins trois bouteilles de cidre chacune ! »
Elle eut un petit rire nerveux et se tut aussitôt. Yann la considéra gravement et soupira.
« Apparemment, tu n’as toujours pas dessaoulé… enfin ! Personne d’autre n’était présent lors de cette fête ?
 - Il me semble bien avoir aperçut Erwan, l’ancien ami de Soizic, intervint Malo. Il a passé sa soirée à nous épier.
 - Ah ! Ce peut être très intéressant, fit le commissaire. Il n’est pas venu à ma petite réunion, on dirait.
 - Annick l’a vu partir ce matin au port du Fret pour pêcher des bigorneaux avec son frère, dit Pauline.
 - Bien. Je vous remercie d’être venu et, si ce n’est pas trop vous demander, j’aimerais vous retrouver demain matin, ici même. »
Tous se levèrent dans un raclement de chaises.
Yann sortit par la porte de derrière et monta dans sa voiture.
Dès qu’il arriva chez lui, il se servit un verre de cidre, alluma une cigarette et se mit à écrire.
« Dimanche 1er Août 2004. On a retrouvé ce matin le corps de ma nièce de 28 ans, Soizic. Qui aurait pu ainsi lui en vouloir ? Elle, toujours gaie, toujours pleine d’attention pour les autres ! J’ai pourtant ma petite idée. Elle m’a tout d’abord paru insensée, mais ce visage, ces yeux si passionnés… Et quand j’ai procédé ce matin à l’identification du corps, cela ne fait aucun doute, il n’y était plus. Mais alors où est-il caché ?! C’est intenable, il faut que je sache. J’irai ce soir. J’en aurai le cœur net. » ... à suivre
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Publié dans Ecrivains en herbe

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