Nouvelle sur la thématique :"La Méditerranée au 12è siècle"
Une jeune fille d’à peine une douzaine d’années, le souffle coupé par sa longue course dans les rues interminables de Constantinople. Elle est immobile, comme éblouie à l’entrée du forum. Enfin, elle a eu le droit d’aller au marché, enfin elle est chargée d’un vrai travail, une vraie mission. Elle doit ramener au palais fruits et légumes pour le repas du soir de la princesse. Elle s’appelle Maryam, et elle s’avance prestement, son panier au bras, vers les étals des marchands. C’est la première fois qu’elle est autorisée à sortir seule, et heureuse de sa quasi-liberté, elle s’émerveille du spectacle qui s’offre à son regard. Tout en marchant, elle observe toute cette activité grouillante de centaines de personnes de toutes les contées. Cette foule bigarrée se presse contre toutes sortes d’étalages où les marchands exposent livres et instruments de musique, soies de Chine et draps de Flandres, bois exotiques et ivoire, armes et épices, fruits et légumes. Maryam flâne un peu, laissant ses pensées s’envoler vers les pays lointains d’où viennent tous ces produits fabuleux…
« -Eh ! Petite ! Pousse-toi du passage ! Veux-tu !
Brusquement ramenée à la réalité, elle s’écarte puis se met à se diriger vers le marchand à qui elle va acheter ses légumes. La petite servante le trouve près du centre ; c’est un petit homme gros et gras presque entièrement caché derrière ses montagnes de fruits et légumes. La jeune fille lui achète tout ce dont elle a besoin, et lui tend trois nomismas. L’homme qui était un peu fourbe et voyant que c’était une novice ne lui rendit aucune monnaie…
A son retour au palais, Maryam passa la porte arrière des cuisines et se fit sévèrement réprimander par sa supérieure : -Tu en as mis du temps ! On ne t’envoie pas là-bas pour traîner ! La princesse va bientôt rentrer et son repas ne sera pas prêt ! Donne-moi la monnaie et cours apporter ton panier à notre cuisinier, Justin.
-Mais…je n’ai pas de monnaie, j’ai payé avec les trois nomismas…
-Comment ! ? Tu as utilisé la monnaie ?
-Qu’as-tu acheté pour toi ? Montre-moi.
-Mais je n’ai rien acheté, c’est le marchand qui a…
La jeune servante reçut une sévère correction, et ne fut plus autorisée à aller au marché, elle continua à s’occuper des basses besognes.
Un jour, elle venait de passer son quinzième anniversaire, la servante qui s’occupait de porter ses repas à la princesse Julia tomba malade. Sa supérieure, la grosse Maria, se vit obligée de confier à Maryam cette tâche, qu’elle fut très heureuse d’accomplir. Elle dut d’abord revêtir une tenue neuve et propre en draps de Flandres, habituellement réservée aux servantes s’occupant de la famille royale. Puis elle s’en fut avec son plateau, jusqu’aux appartements de julia. Le palais impérial, était d’une beauté extraordinaire, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur, Maryam traversait des dizaines de salles toutes richement décorées de tableaux de maître et de tapisseries brodées ; elle arriva enfin aux appartements de la princesse ; après une courte hésitation elle ouvrit la porte et…tomba nez à nez avec une jeune fille du même age qu’elle, vêtue d’une robe de soie rose : la princesse Julia. La servante posa le plateau précipitamment et se prosterna. La princesse, surprise par cette nouvelle arrivante la regarda puis en lui demandant de se relever, la rassura et s’informa sur son nom et ses fonctions au palais.
Julia était une de ses princesses très cultivées et aimait discuter de ses connaissances, mais elle comptait très peu d’amies et al plupart étaient bien plus âgées qu’elle. Maryam lui avait beaucoup plu dans son attitude respectueuse mais non hypocrite et dans sa naïveté. Elle ordonna que désormais, ce serait cette servante qui serait attachée à son service personnel.
Depuis, les deux jeunes filles, bien que l’une soit la servante de l’autre, tissèrent des liens d’amitié.
Un an plus tard, l’empereur de Constantinople décida d’envoyer sa fille à Cordoue, capitale d’un califat très important, pour parfaire ses études. Julia partit donc en compagnie de Maryam qui était devenue sa première suivante, sa demoiselle de compagnie. Une fois dans, Cordoue, tout ne fut qu’émerveillement et découvertes. Julia visitait les plus grandes bibliothèques, s’intéressant à toutes sortes d’ouvrages de mathématiques, de géographie, de littérature, de calligraphie ou encore de navigation et d’hydraulique. Elle essayait aussi de cultiver l’esprit de sa demoiselle de compagnie qui appréciait beaucoup ces séances de lecture.
Certains après-midi, les deux jeunes femmes revêtaient l’habit des femmes musulmanes et partaient à la Médina. Elles se faufilaient entre les souks, regardaient avec intérêt tous les étals présentant les objets les plus merveilleux, des armes de Tolède, des bijoux, des tissus de toutes sortes et comme à Constantinople, des épices, du miel, du papier.
Bien sur, ce séjour en « Al-Andalus », prit fin au bout d’un an. Et Julia et Maryam revinrent à Constantinople.
La vie continua ainsi, agréable, au milieu des richesses. Pourtant, un matin, la princesse s’habillait quand tout à coup son amie apparut échevelée, en criant. La ville était attaquée ! Des chevaliers saccageaient, pillaient, volaient toutes les richesses de la ville. Ils arriveraient bientôt au palais ; C’était la panique la plus totale, tous désertaient leurs postes. Maryam entraîna la princesse le long des corridors, et l’amena au-dehors. Une fois dans la rue, elles empruntèrent les plus petites ruelles, évitant autant que possible la foule affolée. Elles pénétrèrent dans la Basilique Sainte Sophie et là, elles trouvèrent le patriarche et tous ses Popes agenouillés, priant. Cette église n’était que grandeur, une immense coupole majestueuse surplombant un assemblage de décorations magnifiques. Mais les jeunes femmes n’eurent pas le temps d’admirer, les pilleurs arrivaient aux portes de la basilique ; elles coururent vers l’arrière de l’édifice, sortirent à toute vitesse et coururent vers le port, la Corne d’or, où quelques bateaux de guerre essayaient en vain de lutter contre les galères vénitiennes qui affluaient vers la ville. Elles ne surent plus que faire, seules au milieu des combats, femmes au milieu des hommes. Elles avaient perdu la famille impériale, et eurent seulement l’idée de se cacher dans un coin. Le pillage dura plusieurs jours, les croisés ( parce qu’elles avaient compris en écoutant les conversations que c’étaient des croisés qui partaient pour Jérusalem ) chargeaient leurs bateaux des richesses de Constantinople. Julia et Maryam avaient trouvé refuge dans un entrepôt et ne manquèrent de rien, si ce n’est de confort. Mais un jour.......(à suivre)